Les travaux de recherche du professeur Ali Akyol, professeur agrégé à l’École de gestion Telfer, portent sur la finance d’entreprise et la gouvernance; il nous a donné un aperçu des répercussions que ce nouveau système aura sur les institutions financières canadiennes et leurs clientèles.
Question : Que représente l’arrivée du système de PTR pour les institutions financières canadiennes?
Ali Akyol : Avec le système de PTR, le Canada rattrape enfin des pays comme le Royaume-Uni (FPS), l’Australie (Osko, PayID et PayTo) et le Brésil (Pix), où les paiements instantanés existent depuis des années. Mais sa mise en service n’est que la première étape. Pour que le système soit véritablement utile, tout le monde doit y être connecté. Or, on s’attend à ce que les grandes banques canadiennes n’emboîtent pleinement le pas que plus tard au cours de l’année 2027. Elles ont d’ailleurs peu intérêt à se presser, puisque des paiements plus rapides pourraient réduire les revenus qu’elles tirent actuellement de certains frais.
Q : Quels défis cette nouvelle technologie pose-t-elle aux institutions financières traditionnelles?
AA : Si l’argent peut être transféré instantanément à toute heure du jour, les banques doivent repenser leur façon de gérer leurs liquidités. Prenons l’exemple d’une petite coopérative de crédit à l’approche d’une longue fin de semaine. Des personnes qui travaillent à la demande s’attendent à être payées le samedi, des entreprises doivent payer leurs fournisseurs le dimanche, et chaque opération doit être couverte dès son exécution. Par le passé, les entrées et sorties de fonds s’équilibraient au fil du temps, et les règlements avaient lieu pendant les heures normales d’ouverture. Mais désormais, cette coopérative de crédit ne peut plus simplement attendre le mardi pour renflouer ses liquidités. Elle doit s’assurer d’avoir les fonds nécessaires avant même le début de la fin de semaine. Pour les petites institutions financières, cette réalité complique considérablement la gestion des liquidités.
Q : Ce système présente-t-il des inconvénients ou soulève-t-il des préoccupations?
AA : Oui, la fraude, par exemple. Une fois le paiement effectué, il est difficile de récupérer l’argent. La fraude deviendrait ainsi plus attrayante pour les criminels et plus coûteuse pour les victimes. Le Royaume-Uni s’est déjà attaqué à ce problème et exige maintenant que les banques se partagent le coût du remboursement des victimes de fraude. Au Canada, en revanche, il reste à déterminer qui devra assumer ces coûts.
Q : À quoi ressemblera le système de PTR une fois qu’il sera en service au Canada?
AA : Je ne suis pas certain que les Canadiens et les Canadiennes verront une grande différence. Les gens considèrent déjà le service Virement Interac comme instantané. La rapidité à elle seule ne suffira donc probablement pas à les convaincre. C’est du côté des entreprises que les avantages pourraient être plus importants, car elles pourraient verser les paies plus rapidement, accélérer les paiements aux fournisseurs et consacrer moins de temps au rapprochement des paiements et des factures.
Après des années de retards, le système de paiement en temps réel du Canada sera lancé au fil des prochaines semaines.